Terre G. pour Occident : Le nouvel Oedipe.

Publié le par Coeur d'OE

Avoir un sentiment immédiat de notre être, qui pour le philosophe Hume est "la conscience intime de notre moi", ce n'est pas avoir une connaissance pleine et entière de soi.
Notre comportement dans la vie de tous les jours et notre façon de penser varient suivant nos expériences vécues.
Nous passons tous par des crises, qui sont un appel à la remise en question.
La connaissance de soi implique donc bien une recherche. 
  
- Tout d'abord une recherche par l'introspection : Le paradoxe de l'introspection est que le sujet se confond avec l'acte de s'observer lui-même. De plus, l'introspection est normalisée par le langage. Elle est corrompue par le filtre de l'opinion que nous nous faisons de nous-même. Nous pouvons être tentés d'exagérer (et pour cela les latins sont passés maîtres), d'amoindrir ou de taire certains de nos défauts.
il parait donc difficile par ce moyen "psychochirurgical" d'opérer l'intériorité afin de permettre une connaissance objective de nous-même.
L'écrivain contemporain Bernard Werber dans sa "Revolution des fourmis" nous rappelle que "pour comprendre un système, il faut s'en extraire."
Or, il est impossible de "sortir" du moi.
Je suis à la fois le sujet et l'objet.
Je suis la connaissance et l'objet de la connaissance.
Le "je" qui pense le "moi" en est une émanation. C'est là toute la différence.
Oedipe à ce point coupé de lui'même, de sa propre vérité, ne reconnait pas son père sur le chemin montagneux.
L'histoire d'Oedipe et son drame, est qu'il a perdu ses racines depuis la prime enfance, au berceau duquel se penchait son propre père et mère. Dans le mythe que l'on connait (ou alors il faut absolument comblé cette lacune car elle est fondamentale pour se comprendre) Oedipe sans le savoir est engagé dans sa propre légende, son propre mythe, Il vit et enquête en son amnésie. Une introspection mensongère et faussée par les non-dits.

- Il apparait donc clair que l'introspection ne peut suffir au philosophe recherchant son identité réelle.
Dans ce processus il est indispensable de prendre en compte la réaction de l'autre devant des manifestations dans le monde extérieur de sa pensée vagabonde, et des sentiments qui en découlent.

NB : Si possible , le philosophe en herbe( en quête de sagesse ) devra directement faire appel au jugement de l'autre.
Il lui sera alors permis de prendre conscience de ce qu'i se cachait, de ce à quoi il n'avait pas penser.

Grâce à la relation, à l'apport synchronique de "l'autre" dans le jeu, il aura l'impression que la vérité lui saute aux yeux. La relation, qu'elle soit amoureuse, amicale ou pour le "business" permet de faire des pas de géant dans la connaissance de sa propre intériorité.
Cependant le deuxième moyen de connaissance de soi n'est pas parfait.
En effet la vision que l'Autre nous donne de nous-même n'est pas purement objective non plus.
Son jugement peut facilement être déformé par l'amitié ou l'antipathie qu'il epprouve pour nous. 
En outre sa critique est necessairement incomplète, puisqu'elle ne peut s'appliquer que sur les traits de notre caractère que nous laissons transparaître, consciemment ou non en dehors.

L'Autre ne peut voir que mon "masque social"....La Persona des latins.
De sa place, il ne voit qu'une facette certainement influencée par sa présence.
Le regard de l'observateur modifie déjà l'objet de l'observation. ( Chat de shroedinger).
Alors, quand cet objet est un sujet capable de se modifier lui-même., cela nous entraine dans un jeu de miroir peu propice à l'observation.
En effet, nous sommes des êtres changeants.
Notre manière d'être, notre rapport au monde, aux choses...nos convictions, peuvent varier infiniment d'un moment de notre vie à un autre.
Là encore notre expèrience personnelle joue un grand rôle sur ce que nous sommes en influençant l'évolution de nos pensées.

- La connaissance de soi ne peut donc être à la fois totale et definitive : 
L'évolution de ce que nous sommes qui est conditionnée par l'évolution du monde autour de nous, est un processus continu qui ne connait la fin qu'avec la mort.
Citons Montaigne pour appuyer cette idée : " La crainte, le desir, l'espérance nous élancent vers l'avenir et nous dérobent le sentiment et la considèration de ce qui est  pour nous amuser à ce qui sera, voire quand nous ne serons plus..."
Montaigne souligne ainsi la perpétuelle mutation, la MARCHE EN AVANT de l'être.
Il montre aussi que notre faculté à nous projeter vers l'avenir constitut un réel obstacle à la connaissance de notre moi.

- La recherche de notre moi s'apparente donc à la recherche philosophique de la sagesse. (dans la mesure où cette recherche est infinie).
NB : Je vous parlerai du "livre de la sagesse" d'Alan Watts dans un article sur l'écrivain.
Se connaitre , ce serait donc se CHERCHER à chaque instant (Où suis-je ?) et s'exercer sans cesse à l'auto-crtique. Cela necessite une grande capacité d'ABSTRACTION, puisqu'il fait s'efforcer d'oublier son amour propre pour se considérer le moins subjectivement possible. Savoir garder une grande CONSTANCE est de même necessaire et ne jamais se surprendre à croire que l'on se connait une fois pour toute. Avoir aussi un esprit à la fois analytique et synthétique.
 
C'est une Maïeutique Macroscopique du quotidien : Pour arriver à la connaissance de soi, il faut en effet confronter efficacement les subjectivités (la sienne et celle des autres) pour en faire jaillir la vérité. ( voir la suite...)

 
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